Le monde bouge, un déroulement rapide, des scènes répétitives, je voudrais écrire sans ponctuation, ne plus prendre le temps de bien faire car à quoi bon, à quoi bon bien faire et pourquoi s'acharner, on veut dépasser ses limites ou juste donner le meilleur de soi-même, sans savoir pourquoi, et puis un jour on se questionne, sans savoir répondre, on parle sans avoir conscience de nos mots, les définitions disparaissent, le sens s'évanouit, on veut hurler, courir, partir, comprendre, qu'est-ce qu'on fait ici ? on se répète silencieusement "ce monde n'est pas pour moi, ce monde n'est pas le mien", certains se prennent pour Saez d'autres paraphrasent Baudelaire, toi tu te tais car tu ne sais, tout se confond tout se bouscule, on a atteint l'inconnu, adieu le rationnel et le construit, désormais ta route a croisé celle de l'abstrait et donc tu fuis.
Les scènes se répètent à l'infini, on appelle ça le quotidien, les gens défilent et tu défiles, la rapidité est telle que tout est flou, tout est détruit, puis soudain tu t'arrêtes, car apparaissent deux lueurs, intenses et aussi nettes que la pureté du ciel qui couvre le nirvana, et l'espace d'un instant ta conscience te revient, tu viens de croiser ses yeux et l'éphémère devient éternité, il y a ce soleil au fond de son ciel, ces lumières jaunes autour du néant noir, tu deviens lucide et la vie monte en toi, au creux de ton ventre un volcan prend naissance, deux individus s'arrêtent et se regardent, se perdent et se trouvent, je me suis évadée dans l'immensité de son être au-delà de l'être lui-même. Un éclair, une explosion, et au-revoir belle illusion, les regards liés se déchirent, le corps saignant et vif souffre mais s'ouvre sur ailleurs, et tel un mort on rejoint le rang des morts-vivants dont le flou est l'existence. Ainsi je suis censée être revenue mais je suis toujours là-bas, je suis ici je suis ailleurs je suis lucide je suis aveugle, je ne sais mais j'ai su, et cela me suffit, de savoir qu'un jour on a aimé, que la vie est passée et que le passé n'est plus, qu'une postérité noyée dans l'inconnu.
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige,
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.
Expirez.